Liberté … liberté ou « libre arbitre » ? Liberté et libertés …
Suis-je plus libre à la retraite qu’avant ?
Je ne m’étais pas posé cette question et ne cherchait donc pas de réponse, mais le jour où je suis sorti du bureau pour la dernière fois, après avoir fêté mon départ avec tous les collègues de l’établissement, j’ai subitement senti un relâchement général, je me suis senti allégé pas plus tard qu’après avoir fait 20 m dans la rue. Impression très forte et inattendue ! En analysant ceci par la suite, je me suis rendu compte que c’était le fait de ne plus avoir de patron qui en était la cause, et même si mon patron était le patron idéal dont on peut rêver, même dans ce cas là car on veut tellement lui faire plaisir que la contrainte est identique à celle d’avoir un patron autoritaire. Alors se dire « plus jamais un patron », à chaque seconde je peux choisir : par ici ou par là, ceci ou cela … quelle liberté !
Maintenant, mon libre arbitre peut s’exercer beaucoup plus largement, je n’ai plus rien à faire suite à la décision d’autrui.
Le mariage (et le choix d’une vie de famille, avec un travail régulier, une maison achetée à crédit …) limite-t-il ma liberté ? Après plus de trente ans de mariage, la réponse est « non » de toute évidence, alors que la réponse n’est pas forcément aussi limpide dans les premières années car il y a tellement à découvrir dans la vie devenue « à deux », puis « à trois » … Le fait que de nombreux « points » sont fixés dans ma vie augmente ma liberté : et oui, au lieu d’être confronté à un nombre très important de points encore incertains, et de ne pouvoir progresser selon mes objectifs car il faut les résoudre auparavant … Ancré dans la vie par le mariage et la famille, je peux m’épanouir selon mes désirs les plus chers. Certes les contraintes existent mais avec le temps elles ont simplifié mes désirs : je sais qu’il y a toute une série de choses que mes finances, mon âge, ma taille, mes forces, mes croyances … m’interdisent, mais depuis le temps que je le sais, mes désirs se sont focalisés dans toutes les brèches possibles, et mon imagination m’a permis d’aller beaucoup plus loin dans certaines directions que je ne l’aurais cru possible il y a 30 ans encore, et les pistes fermées l’étant depuis tellement longtemps qu’elles n’existent plus pour moi.
Sur un autre plan, le soixante-huitard que je suis a toujours joué de l’âge qui avance (et donc du sentiment de « je n’ai plus rien à perdre » qui grandit pareillement) pour « se » permettre « des libertés » dont il voit les jeunes se priver. Certaines sont anecdotiques mais témoignent de l’état d’esprit … par exemple prendre le plaisir de marcher pied nus au bureau ou de s’assoir par terre sur la moquette, là où il y a pas si longtemps, tailleurs ou cravates étaient de rigueur. Certes elles sont anecdotiques, mais elles vont inévitablement se prolonger dans l’imagination de solutions nouvelles jusqu’alors jugées impensables (l’innovation de rupture). Et là, c’est la constatation que certaines contraintes « inutiles » qui permettent leur dépassement : la liberté n’a progressé que par rapport aux contraintes existantes, on peut donc dire que les contraintes peuvent nous rendre libre. En tous cas, je le sens vraiment comme ça.
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Prolongement politique : la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Si on s'autorise à nuire à autrui, on démolit l'équilibre social, et finalement on perd de la liberté, puisque la société n'est plus là pour la garantir.
RépondreSupprimerProlongement esthétique : au théâtre, la liberté du jeu de l'acteur se situe dans le cadre des contraintes de la mise en scène. Le metteur en scène va éventuellement intervenir dans son jeu et lui demander certaines intentions, gestes, intonations, et pourtant il reste de l'incontrôlable, toujours, sur le mode fractal.
Autre prolongement esthétique : le travail de l'OuLiPo, pour qui la liberté créatrice naît précisément de la contrainte. S'épancher donne généralement un truc informe, par contre s'épancher dans la forme d'un sonnet, d'une morale élémentaire, etc., donne une oeuvre.
Donc finalement la liberté est interstitielle ; j'aime beaucoup ton image de la brèche, meilleure que celle de mon objet fractal, car il n'y a pas forcément d'asymptote.
OHE DU BATEAU ? Y A QUELQU'UN ?
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